Réponse de La Presse à la plainte contre François Cardinal

Voici la réponse intégrale de La Presse à ma plainte, signée Patrick Bourbeau, directeur Affaires juridiques.

Ma réponse… plutôt mes réponses, parce que je lui répondrai point par point, suivront.

Pour l’instant, savourez l’absence de preuves… et de liens vers ses sources.

***

Madame Lévesque,

Nous avons pris connaissance de votre courriel du 2 mai à l’intention de M. Éric Trottier. Dans ce courriel,  vous alléguez que François Cardinal a contrevenu au Guide de déontologie des journalistes du Québec en écrivant, dans un éditorial parue le 8 avril dernier, que Bachar Al-Assad est responsable d’une attaque au gaz sarin menée à Khan Cheikhoun le 4 avril 2017.

Bien que nous puissions certes débattre du régime Al-Assad, ce que La Presse a fait en publiant divers reportages et opinions sur le sujet au cours des derniers mois, il n’en reste pas moins que François Cardinal s’est appuyé sur un large éventail d’experts, de reportages et de témoignages pour rédiger sa prise de position.

On retrouve comme vous le dites, dans le lot, les Casques blancs, qui demeurent une référence sur le terrain malgré les réserves que vous citez. Et il y a l’Observatoire syrien des droits de l’homme, dont la voix compte malgré le fait qu’il soit basé à Londres. La comptabilisation des victimes qu’elle effectue depuis le début du conflit est d’ailleurs une référence.

Mais ces sources sont loin d’être les seules à affirmer que le régime Al-Assad est derrière l’attaque chimique de Khan Cheikhoun.

Par exemple, les gouvernements occidentaux comme la France et l’Allemagne, à mots à peine couverts, ont affirmé par la voix de leur chef d’État respectif que Bachar Al-Assad méritait le bombardement américain en raison de «son recours continu aux armes chimiques».

Plus directement, le Royaume-Uni a affirmé que «l’action américaine est une réponse appropriée à l’attaque barbare à l’arme chimique lancée par le régime syrien». Le chef de la diplomatie britannique, Boris Johnson, a même affirmé que «toutes les preuves que j’ai vues suggèrent que c’était le régime d’Assad (…) utilisant des armes illégales en toute connaissance de cause sur son propre peuple».

Cela va dans le même sens que les propos de la Turquie, qui a mené des autopsies sur trois des victimes en présence de représentants de l’OMS et de l’OIAC, et qui conclut au recours à des armes chimiques par le régime syrien.

Vous avez raison de dire que «ces allégations doivent être prises avec précaution», comme le sont les affirmations de tout groupe ayant des intérêts dans un débat public. C’est pourquoi il faut les croiser avec d’autres sources, témoignages et informations.

The Guardian, par exemple, a envoyé le premier journaliste d’un média occidental sur les lieux de l’attaque, Kareem Shaheen. Il précise dans ses textes et sur les réseaux sociaux que «la seule trace de ce qu’il s’est passé est (un) petit cratère noirci près de la partie nord de la ville, où le missile qui transportait l’agent toxique est tombé.» Cela lui permet de remettre en question la version officielle de la Syrie, qui évoque une bombe tombée sur un bâtiment qui abritait une usine de gaz chimique tenue par des rebelles. Le journaliste a constaté qu’autour du cratère où a explosé le missile, «il n’y avait rien d’autre qu’un espace délaissé couvert de poussière et des silos à moitié détruits puant la céréale oubliée et le fumier». «Il n’y avait pas de zone de contamination autour d’un bâtiment. La zone de contamination s’était construite autour du trou dans la route», a-t-il précisé.

Cela corrobore les évaluations de nombreux experts qui prétendent que la version officielle syrienne est «impossible».

Une telle hypothèse «est complètement fantaisiste, elle prêterait à rire si la situation n’était pas aussi dramatique», a dit à l’AFP Olivier Lepick, un chercheur français associé à la Fondation pour la recherche stratégique, spécialiste des armes nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques. «Si d’aventure on avait touché un entrepôt, il pourrait y avoir formation d’un nuage toxique, simplement vous n’avez jamais une aérosolisation aussi efficace que celle qui a été constatée sur le terrain.» Selon lui, la forte dissémination dans l’atmosphère d’un agent mortel, comme cela a été constaté à Khan Cheikhoun, constitue ce que les experts appellent «aérosolisation», ce qui prouve que «c’est de toute évidence une arme chimique militaire qui a été utilisée.»

Un autre expert, Hamish de Bretton-Gordon, colonel à la retraite et ancien chef de l’unité britannique de lutte contre les armes nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques est arrivé à la même conclusion, après avoir été en contact avec les médecins syriens sur le terrain. «L’hypothèse d’un stock de sarin détenu par Al Qaïda ou des rebelles détruit par une explosion est tout à fait fausse et ne tient pas la route», a-t-il indiqué à la BBC.

C’est avec toutes ces informations réunies que Le Figaro, par exemple, écrivait le 7 avril que «les chancelleries occidentales et experts imputent au pouvoir syrien» l’attaque de Khan Cheikhoun.

Ces reportages, expertises et prises de position officielles s’appuient sur des témoignages. Ils s’appuient aussi sur divers éléments passés qui renforcent la thèse d’une utilisation d’agents chimiques par le régime Al-Assad.

Human Rights Watch, par exemple, a soutenu que depuis la fin 2016, le gouvernement syrien a recours aux armes chimiques de manière plus systématique et généralisée.

Cela concorde avec le rapport reçu en octobre 2016 par le Conseil de sécurité des Nations unies qui conclut que l’armée syrienne a mené en mars 2015 dans la province d’Idleb une attaque à l’arme chimique, sans doute du chlore.

En août 2013, Damas avait aussi été accusée d’avoir utilisé du gaz sarin dans une attaque contre des secteurs rebelles en périphérie de la capitale qui avait fait plus de 1 400 morts. Il est intéressant de noter que Bachar al-Assad avait nié, accusant à plusieurs reprises les groupes djihadistes d’avoir utilisé ces armes chimiques.

Enfin, notons que la Maison-Blanche a dévoilé le 11 avril un rapport des services secrets qui se disent «sûrs» (confident) que l’attaque a été menée par le régime syrien.

À la fin avril, les services de renseignement français ont affirmé que l’analyse des composants neurotoxiques utilisés dans le bombardement au gaz sarin de la localité de Khan Cheikhoun «porte la signature du régime». Pour arriver à une telle conclusion, ils ont analysé le sarin prélevé à Khan Cheikhoun, puis ils l’ont comparé avec des prélèvements réalisés par la France après une attaque de 2013 imputée au régime à Saraqeb. «Nous sommes en mesure de confirmer que le sarin employé le 4 avril est le même sarin que celui qui a été employé dans une attaque intervenue à Saraqeb le 29 avril 2013», a déclaré le premier ministre Jean-Marc Ayrault.

Et Human Rights Watch a déposé un rapport le 1er mai qui s’appuie sur des preuves que le régime syrien a utilisé des agents neurotoxiques à au moins quatre reprises au cours des derniers mois, notamment lors de l’attaque contre la ville de Khan Cheikhoun.

Quant à l’affirmation selon laquelle l’éditorial de François Cardinal «s’apparente à de la propagande de guerre», ce n’est tout simplement pas le cas.

Veuillez agréer, Mme Lévesque, l’expression de nos salutations les meilleures.

Patrick Bourbeau

PATRICK BOURBEAU

Directeur, Affaires juridiques

Tél.: 514 285-6072 | Fax. 514 285-7331

750, boul. Saint-Laurent, Montréal H2Y 2Z4

pbourbeau@lapresse.ca | lapresse.ca 

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