« Nous SAVONS qu’il n’y a pas eu d’attaque chimique » : un soldat américain en Syrie

 

Le but de mon article n’est pas d’essayer d’expliquer ce qui s’est passé [à Khan Cheikhoun le 4 avril], mais d’expliquer ce qui ne s’est pas passé. La Syrie n’a pas lâché de bombe au sarin ce matin-là, voilà ce qui ne s’est pas passé. Tout le monde dans le commandement le sait. Point. – Seymour Hersh en entrevue à The Real News, le 27 juin 2017

Nous SAVONS qu’il n’y a pas eu d’attaque chimique. Les Syriens ont frappé un cache d’armes et il y a eu des dommages collatéraux. C’est tout. Ils n’ont mené aucune attaque chimique […] Les Russes sont furieux. Ils disent qu’on a le vrai renseignement, qu’on connait la vérité sur la frappe du dépôt d’armes. Ils ont raison. – Un soldat étasunien basé en Syrie

« L’attaque au gaz sarin du dictateur syrien » du 4 avril, tant décriée par l’éditorialiste en chef de La Presse, François Cardinal, n’a jamais eu lieu.

C’est ce que dévoile une conversation (traduite à la fin de l’article) entre un militaire étasunien et un conseiller en sécurité publiée par l’édition dominicale du quotidien allemand Die Welt le 25 juin dernier.

La conversation explosive – qui aurait dû faire la une de tous les journaux s’ils faisaient leur travail – fait partie d’une série d’articles du journaliste de renom Seymour Hersh qu’AUCUN média étasunien n’a voulu publier. En fait, depuis les attaques, tous les points de vue contredisant la version officielle voulant qu’Assad ait gazé son peuple, même ceux d’anciens membres du gouvernement de George W. Bush et d’un groupe de vétérans des services de renseignement ont été ignorés ou calomniés par les médias traditionnels aux États-Unis.

Et par les nôtres aussi.

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Die Welt a accepté de publier le texte de Hersh et la conversation explosive. Le titre en dit long.

Le texte de Seymour Hersh, Trump’s Red Line (La ligne rouge de Trump), et la conversation des personnes impliquées dans le conflit démontrent non seulement que l’attaque chimique de Khan Cheikhoun n’a pas été perpétrée par le gouvernement syrien, mais pire encore, que le renseignement étasunien le SAVAIT.

Le hasard faisant toujours bien les choses, le lendemain de la publication du texte de Hersh, le 26 juin, les États-Unis annonçaient que la Syrie préparait potentiellement une autre attaque chimique !!! Quelle coïncidence. Plus on répète un mensonge, plus il devient vérité.

Les médias comme La Presse, qui ont totalement ignoré le texte de Hersh et la conversation explosive, se sont évidemment empressés de propager la nouvelle de cet avertissement kafkaïen.

Voici l’article de l’AFP, connue dans les médias indépendants sous le nom d’Agence Fausse Presse, publié par La Presse le 26 juin :

«Les États-Unis ont identifié de potentiels préparatifs d’une autre attaque chimique par le régime syrien d’Assad qui pourrait provoquer le massacre de civils, y compris des enfants innocents», a écrit le porte-parole de la Maison-Blanche Sean Spicer dans un communiqué.

Ces activités «sont similaires aux préparatifs du régime avant son attaque à l’arme chimique du 4 avril», a noté le représentant de l’exécutif américain.

Les activités propagandistes étasuniennes semblent elles aussi similaires à celles pratiquées dans la foulée du 4 avril, comme cette photo publiée en mai dernier où l’on voit un homme lavant sans gants des enfants qui auraient été gazés au sarin :

sarin no gloves kids

L’article de l’AFP se poursuit sans émettre aucun doute sur cette attaque chimique :

Cette attaque avait provoqué une riposte militaire des États-Unis, qui avaient tiré 59 missiles contre une base aérienne en Syrie, marquant la première intervention armée de Washington contre le régime de Damas.

Si le président syrien lançait une autre attaque à l’arme chimique «lui et son armée paieraient le prix fort», a prévenu Sean Spicer. (Anne Renaut, AFP, Assad préparerait une attaque chimique, Washington menace de représailles, La Presse, 27 juin 2017.)

Cette combinaison de censure et de propagande démontre une fois de plus que la fonction principale des médias dominants ne consiste pas à informer, mais bien à manipuler l’opinion publique, surtout lorsqu’il s’agit de vendre des guerres.

Bombe médiatique, silence radio

La conversation obtenue par Hersh corrobore la version des Russes sur l’attaque de Khan Cheikhoun le 4 avril 2017 et ce que les critiques ignorés par les médias disent depuis le début : les Syriens n’ont pas lancé d’attaque chimique, « ils ont frappé une cache d’armes et il y a eu des dommages collatéraux ».

Ces témoignages sont mentionnés dans la plainte initiale contre François Cardinal. Les voici à nouveau :

Philip Giraldi, ancien agent de la CIA, a déclaré que « la communauté du renseignement et le personnel militaire savent que ce n’était pas une attaque d’Assad » et « confirment la version des Russes » selon laquelle l’armée syrienne aurait bombardé un entrepôt dans lequel se trouvaient des produits* chimiques :

Les renseignements confirment en grande partie la version qu’ont donnée les Russes […] soit qu’ils ont frappé un entrepôt où les rebelles […] stockaient leurs propres produits chimiques et qu’au fond cela a causé une explosion faisant des victimes. Il semblerait que les renseignements à cet effet soient très clairs.

Cette information est corroborée par Lawrence Wilkerson, ancien chef de cabinet de Colin Powell, lequel ajoute que les autorités américaines avaient été prévenues des bombardements de l’entrepôt par l’armée syrienne :

En fait la plupart de mes sources – incluant des membres de l’équipe qui surveille les armes chimiques au niveau international, incluant des gens en Syrie et des membres de la communauté du renseignement étasunien – me disent que ce qui s’est fort probablement passé […] est qu’ils – c’est-à-dire les forces syriennes – ont frappé un entrepôt qu’ils avaient l’intention de frapper et qu’ils avaient avisé les deux côtés, la Russie et les États-Unis, qu’ils allaient le frapper.

Cet entrepôt contenait présumément de l’approvisionnement de l’EI et, en fait, il en contenait probablement, dont des précurseurs pour produits chimiques. Il est également possible que l’entrepôt contenait des phosphates servant de fertilisant pour la culture du coton dans la région adjacente. Les bombes — des bombes conventionnelles — auraient frappé l’entrepôt et leur puissance explosive accompagnée de forts vents aurait dispersé les ingrédients et tué des gens.

Toutes ces informations sont réitérées par les sources de Hersh : les Syriens avaient avisé les Américains qu’ils allaient bombarder cet endroit et ces derniers savaient que l’armée syrienne avait utilisé une bombe conventionnelle. Cible légitime, arme légitime.

En entrevue avec The Real News, Hersh est catégorique : le gouvernement syrien n’a pas lancé de bombe au sarin sur Khan Cheikhoun et tout le commandement des États-Unis le sait.

L’absence de preuves tangibles démontrant que le gouvernement syrien a lancé une bombe au sarin sur Khan Cheikhoun, les conclusions erronées des rapports de la Maison-Blanche et du renseignement français, selon le spécialiste des missiles balistiques, Theodore Postol du Massachussets Institute of Tehcnology, les nombreux témoignages de vétérans du renseignement et d’anciens représentants gouvernementaux citant des sources sur le terrain, ainsi que la conversation incriminante corroborant les sources précédentes ne peuvent mener tout observateur neutre qu’à une seule conclusion : « l’attaque au gaz sarin du dictateur syrien », présentée comme un fait par l’éditorialiste en chef de La Presse, François Cardinal, 4 jours après les événements, n’a jamais eu lieu.

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Vous pouvez lire la version originale du clavardage entre le soldat et le conseiller en sécurité sur le site de Die Welt. Notez que Hersh a révélé l’identité de toutes ses sources à Die Welt et que le quotidien a indépendamment contacté la source principale aux États-Unis.

Voici les extraits les plus percutants de cette conversation, traduits en bon québécois.

6 avril 2017 (deux jours après l’attaque présumée)

Soldat étasunien (SE) : On a un osti de problème.

Conseiller en sécurité (CS) : Qu’estce qui s’est passé? Est-ce que Trump ignore le renseignement et va essayer de frapper les Syriens? Et qu’on est en train de faire chier les Russes?

SE : Ça va mal… Ça se bousculent.

CS : Vous n’avez peut-être pas vu la conférence de presse de Trump hier. Il a gobé l’histoire des médias sans demander à voir le renseignement. Ça se peut qu’on se fasse botter le cul par les Russes. C’est dangereux en crisse. Les maudits adultes sont où? La chaîne de commandement a échoué à sa tâche de dire la vérité au président, qu’il veuille l’entendre ou non, et cet échec va passer à l’histoire.

SE : Je ne sais pas. Tout ça n’a aucun sens. Nous SAVONS qu’il n’y a pas eu d’attaque chimique. Les Syriens ont frappé un cache d’armes (une cible militaire légitime) et il y a eu des dommages collatéraux. C’est tout. Ils n’ont mené aucune attaque chimique. Et là, on leur fourre un tas de TLAM (missiles tomahawks) dans le cul.

CS : Il y a un programme caché depuis le début. Le but ultime est de s’en prendre à l’Iran. Ce que les gens autour de Trump ne comprennent pas, c’est que la Russie n’est pas un tigre de papier et qu’elle a une capacité militaire plus robuste que la nôtre.

[…]

CS : Qui insiste là-dessus? Est-ce que ça vient de Votel? [Général Joseph L. Votel, Commandant du Commandement central des États-Unis, note de la rédaction]

SE : Je ne sais pas, mais ça vient de quelqu’un d’important. C’est une esti de grosse affaire.

SE : Ce doit être POTUS [le président, NDT].

7 avril 2017 [jour des frappes de Trump, NDT]

[…]

SE : On n’a rien frappé, une chance. Ils ont retiré tous les avions et le personnel. En gros on leur a montré un feu d’artifice très coûteux.

[…]

SE : Les Russes sont furieux. Ils disent qu’on a le vrai renseignement qu’on connait la vérité sur la frappe du dépôt d’armes.

SE : Ils ont raison.

[…]

SE : Maintenant, Fox [News] dit qu’on a choisi de frapper la base aérienne syrienne parce que c’est de là que les attaques chimiques ont été lancées. Wow. On ne pourrait pas inventer des conneries pareilles.

CS : C’est ce qu’ils font. Je veux dire ils l’inventent.

SA : C’est crissement malfaisant.

CS : Amen!!!

8 avril 2017

SE : Les Russes sont extrêmement raisonnables. Malgré ce que les médias rapportent, ils tentent toujours de désamorcer le conflit et de coordonner la campagne aérienne.

CS : Je pense que la Russie n’a pas encore compris à quel point Trump est fou à propos de ça. Et je pense qu’on n’est pas conscient de l’ampleur des dommages que les Russes peuvent nous faire.

SE : Ils font preuve d’une retenue extraordinaire et ont été incroyablement calmes. Ils semblent surtout intéressés à la désescalade. Ils ne veulent pas perdre notre appui pour détruire l’EI.

CS : Mais j’ai l’impression qu’ils tentent cette approche et l’utiliseront uniquement tant et aussi longtemps qu’elle va fonctionner. Si nous continuons à faire pression avec cette position agressive actuelle, ils vont riposter.

*Dans la version originale j’ai utilisé par erreur le terme « armes » alors qu’il s’agissait évidemment de « produits » chimique comme l’indique la citation.

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