Les fausses nouvelles du complexe médiatico-militaro-industriel

Il est faux de prétendre que la presse a été utilisée durant la guerre [du Golfe]. La presse voulait être utilisée. Elle se considérait comme faisant partie de l’effort de guerre […] et souhaitait être au service de l’État pendant la guerre comme presque tout le monde. Une telle docilité de la part de la presse a facilité ce que font les gouvernements en temps de guerre, en fait ce que font les gouvernements la plupart du temps, c’est-à-dire mentir. – Chris Hegdes, ancien reporter pour le New York Times durant la guerre du Golfe, War Is a Force That Gives Us Meaning

Dans le système de propagande de l’État hitlérien, les armes les plus importantes étaient les quotidiens et la radio […] La méthode fondamentale des activités propagandistes nazies reposait sur la fausse représentation des faits […] – Texte officiel du Tribunal de Nuremberg

En 2017, il est plus que jamais évident que la propagande de guerre étasunienne repose, comme la propagande nazie, sur la fausse représentation des faits. Alors que la propagande nazie se concentrait sur les citoyens allemands, celle de l’empire étasunien vise toutefois le monde occidental dans son ensemble.

La vision tordue de la réalité « Made in USA », cette « arme de persuasion massive » véhiculée par un imposant arsenal médiatique hyper concentré, n’éprouve aucun mal à se propager à la vitesse de l’éclair grâce à la servilité des grands médias occidentaux, lesquels nourrissent sans vergogne les desseins machiavéliques de l’Empire étasunien.

Dans Mein Kampf, Hitler écrivait que « l’emploi d’une propagande intelligente et continuelle peut mener les gens à se faire croire que l’enfer est le paradis et, inversement, que l’existence la plus misérable est paradisiaque ».

Cet exemple peut-il être mieux illustré que par la description qu’a fait de Barack Obama l’éditorialiste en chef de La Presse, François Cardinal? Bien que l’ancien président ait bombardé 7 pays à majorité musulmane en 8 ans et poussé « délibérément le [Yémen] au bord de la famine », et ce, après avoir reçu le prix Nobel de la Paix, François Cardinal lui dit « merci » et le dépeint comme un « humaniste qui a fait une priorité du dialogue, de la compassion et de la lutte contre les inégalités ».

Uniquement en 2016, l’administration Obama a lancé 26 171 bombes, principalement en Syrie et en Irak, mais aussi en Afghanistan, au Yémen, en Libye, en Somalie et au Pakistan. Dans un texte publié dans le Guardian en janvier dernier, on soulignait que l’héritage sanglant d’Obama comprenait « l’augmentation drastique des guerres aériennes et de l’utilisation de forces d’opérations spéciales », aujourd’hui présentes dans 70 % des pays de la planète (138).

Merci?

Cette fausse représentation du président étasunien, tout comme les images choquantes d’enfants morts ou blessés, sert à déguiser les guerres d’agression en « interventions humanitaires ». On ne nous montre jamais les bébés morts sous les « bombes humanitaires » des États-Unis et de l’OTAN, même s’ils sont très nombreux, car cela serait contre-productif et nourrirait des sentiments antimilitaristes, comme l’ont fait les photos du massacre de My Lai durant la guerre du Vietnam :

mylai-vietnam-girl

mylai-lady

My_Lai_massacre

my-lai-dead

Les passages du texte officiel du Tribunal de Nuremberg concernant la propagande nazie collent très bien à la propagande étasunienne d’hier et d’aujourd’hui et témoignent de la nécessité du mensonge médiatique pour mener des guerres.

Dans l’Allemagne d’Hitler, la propagande était un facteur contribuant invariablement à préparer et livrer des actes d’agression, ainsi qu’à former la population allemande pour qu’elle accepte docilement les entreprises criminelles du fascisme allemand […] La méthode fondamentale des activités propagandistes nazies reposait sur la fausse représentation des faits […]

La dissémination de mensonges provocateurs et la tromperie systématique de l’opinion publique étaient aussi nécessaires aux hitlériens pour réaliser leurs plans que la production d’armement et l’élaboration de plans militaires. Sans propagande, fondée sur l’éclipse totale de la liberté de presse et de parole, il n’aurait pas été possible pour le fascisme allemand de réaliser ses intentions agressives et jeter les bases des crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Dans le système de propagande de l’État hitlérien, les armes les plus importantes étaient les quotidiens et la radio.

Ajoutons à cela la télévision et internet, et cette description s’applique presque entièrement à l’Empire étasunien actuel. Personne ne peut nier l’ampleur colossale de la propagande étasunienne depuis le 11-Septembre, ayant servi à vendre une guerre après l’autre, toutes sous de faux prétextes. S’il est de plus en plus évident de nos jours, ce système existe depuis très longtemps et l’Empire ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans l’inestimable pouvoir de la propagande de guerre disséminée par ses grands médias et relayée docilement par les nôtres.

Si la liberté de penser n’est pas bannie aux États-Unis et ailleurs en Occident comme elle l’était en Allemagne nazie, d’autres moyens de contrôle plus insidieux sont employés afin de faire taire la dissidence. La liste des soi-disant « sites de fausses nouvelles financés par la Russie », Prop or Not, publiée par le Washington Post et Le Décodex du journal français Le Monde en sont des exemples frappants. Ils agissent comme des censeurs inavoués de médias libres et indépendants qui sont des sources d’information fiables et dénoncent la propagande et la désinformation des médias dominants.

L’objectif du Tribunal de l’infaux est de contrer ce genre d’initiatives propagandistes et profondément antidémocratiques en dénonçant publiquement les fausses nouvelles et la propagande de guerre des médias dominants. Des plaintes seront formellement envoyées aux rédacteurs et autres responsables de l’information et publiées sur ce site. Les réponses des médias accusés seront publiées intégralement. (Plus de détails ici.)

La première plainte concerne d’ailleurs un autre éditorial de François Cardinal sur la plus récente attaque à l’arme chimique en Syrie, qu’il a attribuée sans équivoque au « tyran Bachar Al-Assad », sans qu’aucune preuve n’ait démontré qu’il en était responsable. L’éditorialiste a ainsi répété mot pour mot les allégations des représentants étasuniens en les présentant comme des faits avérés. En termes de fausse représentation des faits, difficile de faire mieux.

Levée de l’interdiction de propagande destinée aux citoyens étasuniens.

Malheureusement, cette propagande essentielle aux visées impérialistes des États-Unis risque de s’intensifier en raison d’une décision prise par Obama, l’« humaniste ».

Fait méconnu, le 2 juillet 2013 l’administration Obama a instauré une réforme levant l’interdiction pour le gouvernement de faire de la propagande destinée au public étasunien : le Smith-Mundt Modernization Act of 2012.

Le Smith-Mundt Act ou U.S. Information and Educational Exchange Act of 1948 est une loi de 1948 autorisant le département d’État américain à « préparer et disséminer à l’étranger des informations sur les États-Unis, son peuple et ses politiques par le biais de la presse, de publication, de la radio, de films et d’autres médias d’information […] à l’étranger ». Bref, il s’agit d’une loi autorisant le gouvernement étasunien à faire de la propagande en employant, entre autres, des services de presse, notamment Voice of America (VOA), un réseau international diffusant aujourd’hui en 40 langues.

De 1972 à 2013, un amendement parrainé par le sénateur J. William Fulbright interdisait formellement « la dissémination publique du matériel d’information de l’USIA [United States Information Agency] aux États-Unis ».

En 1999, les fonctions de l’USIA concernant la radiotélévision ont été intégrées au Broadcasting Board of Governors, qui se décrit comme « une agence fédérale indépendante (sic) supervisant tous les médias civils internationaux incluant Voice of America, Radio Free Europe/Radio Liberty, l’Office of Cuba Broadcasting, Radio Free Asia, et le Middle East Broadcasting Networks ».

Créé en 1942, VOA affirme que sa mission originale consistait à « combattre la propagande nazie à l’aide d’information et de nouvelles exactes et non biaisée ». Or, lorsqu’un réseau d’information est financé par l’État, il ne peut simultanément être considéré comme « non biaisé ». Les médias dominants occidentaux ne cessent de qualifier RT comme une source d’information biaisée parce qu’elle est financée par le gouvernement russe, mais n’oseront jamais dire la même chose de France Télévision, de la BBC ou de Radio-Canada, eux aussi financés par l’État.

Le sénateur Fulbright, surnommé « le dissident », a « tenté de fermer l’USIA, VOA et d’autres “radios” (comme Radio Free Europe et Radio Liberty) » et déclaré que ces radios « devraient avoir l’opportunité de prendre leur place bien méritée au cimetière des reliques de la guerre froide ».

Dans son article au sujet de la levée de l’interdiction, U.S. Repeals Propaganda Ban, Spreads Government-Made News to Americans, John Hudson notait que la propagande destinée au public national comporte des dangers, en omettant cependant l’exemple le plus flagrant : la propagande sur les armes de destruction massive iraquiennes et la série de reportages de Judith Miller dans le New York Times, une série nourrie par des informations que des représentants officiels lui ont mises « tout cru dans le bec », affirme-t-elle. Entre cette propagande et la propagande nazie destinée au public allemand, nécessaire à la préparation de ses guerres d’agression, il n’y a pas vraiment de différence.

Loin d’une modernisation, comme son nom l’indique, la levée de l’interdiction pour ces réseaux de faire de la propagande pour le public étasunien, constitue plutôt une régression et une continuité de ce qui existe déjà. Elle ouvre grand la porte à la propagande, autrement dit, à la fausse nouvelle, sauf que désormais, les contribuables étasuniens paieront de leurs impôts la propagande qui leur est destinée, laquelle se retrouvera invariablement dans nos médias.

Le Smith-Mundt Act « modernisé » autorise désormais formellement le département d’État américain à faire de la propagande « par le biais de la presse », de la même manière que « [l]e Gouvernement nazi entreprit, par une propagande intensive, de gagner la nation à sa politique [en] créant un certain nombre d’organismes chargés de contrôler et d’influencer la presse […] ». Attendez-vous donc à d’autres séries à la Judith Miller et davantage d’« armes de persuasion massive » dans le paysage journalistique.

Rappelons en terminant que « [t]oute propagande en faveur de la guerre est interdite par la loi, selon l’Article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté par les Nations Unies en 1976 et dont le Canada est signataire.

Il est impératif d’accuser formellement les journalistes qui font de la propagande de guerre. Le seul fait de critiquer leur travail ne suffit pas puisque les grands médias rejettent les critiques du revers de la main et font front commun en accusant les médias libres et indépendants d’être la source de fausses nouvelles et d’élaborer des théories de conspiration.

En les confrontant sur leur propre terrain, ils devront justifier leur manque flagrant d’éthique journalistique et, ce faisant, exhiber leur malhonnêteté intellectuelle, l’absurdité de leurs faux raisonnements, leur ignorance crasse des faits et/ou leur aveuglement volontaire.

Il faut faire plus qu’exposer au grand jour et critiquer cette supercherie guerrière perpétuelle.

Il faut porter plainte contre la propagande de guerre, illégale et immorale et exiger des médias qu’ils fassent du journalisme et non de la propagande.

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