COVID-19 et «mortalité créative» : Comment calcule-t-on les morts?

À l’instar de la comptabilité créative, la mortalité créative (néologisme n’attendant pas de reconnaissance de l’Office de la langue française) désigne l’ensemble des techniques employées pour calculer les décès d’une maladie à la mode, comme l’actuelle COVID-19.

Toutefois, contrairement à la comptabilité créative, laquelle a pour but de présenter le bilan financier d’une entreprise sous un jour favorable, la mortalité créative a pour but de semer la terreur chez les esprits vulnérables en dénaturant radicalement le taux de mortalité d’une maladie.

Journalisme créatif à part, il n’est aucunement question ici de sombrer dans les abîmes des théories du complot, mais simplement d’étaler des faits vérifiables et vérifiés démontrant les irrégularités dans la compilation des statistiques de la COVID-19 aux quatre coins de la planète.

Irrégularités soulevées par des experts dans le domaine.

Les États-Unis, l’Italie et l’Islande manipulent-ils leurs chiffres?

Nombreux sont ceux qui mettent en doute les chiffres de la Chine, dont le taux de létalité de la COVID-19 est à 4,06 % (révisé récemment, avouons-le) selon le Centre for Evidence-Based Medicine d’Oxford (CEBM).

corona-deces-chineLe CEBM note que certaines données comme «la comorbidité et la sévérité des cas ne sont pas des champs obligatoires dans le Système chinois d’information des maladies infectieuses […] et certains dossiers ont des données manquantes».

Les chiffres de la Chine sont trop bas, disent plusieurs. Ils ont certainement plus de morts.

Sur quoi se basent de telles affirmations?

La quantité élevée d’urnes funéraires de Wuhan? Pas ce qu’il y a de plus fiable comme données.

Chose certaine, ces doutes sur le taux de mortalité en Chine ne s’appuient vraisemblablement pas sur le portrait global de la situation puisque bien d’autres pays ont des taux de létalité bien plus bas, et si le système chinois comporte bel et bien des failles, nous verrons qu’il n’est pas le seul.

Islande : taux de mortalité 0,5 %. Diamond Princess : 2,3 %

corona-deces-icelandL’Islande serait le pays de référence en termes de données sur la COVID-19 avec le nombre de tests per capita le plus élevé.

Son taux de létalité? 0,5 %.

Pourtant personne ne crie au scandale : «l’Islande nous cache des chiffres!»

Oui mais l’Islande… Ce n’est pas une référence. C’est particulier comme situation en raison de sa position géographique, dit-on. Mauvais exemple.

Fair enough.

Et le Diamond Princess à 2,3 %? Pas une référence non plus, car non représentatif de la population générale, disent certains.

Ce n’est pas ce que croit Jeremy Samuel Faust, urgentologue au Brigham and Women’s Hospital de Boston, professeur de politiques de santé publique et instructeur à la Harvard Medical School.

Dans COVID-19 Isn’t As Deadly As We Think, (COVID-19, pas si mortelle qu’on le pense) publié le 4 mars, il affirme que «la preuve la plus simple et la plus convaincante que le véritable taux de létalité du SRAS-CoV-2 est bien inférieur à 1% ne provient pas des tendances statistiques et de manipulations méthodologiques, mais des données de l’épidémie sur le bateau de croisière Diamond Princess et de la quarantaine subséquente au large des côtes du Japon».

Selon lui, «un bateau mis en quarantaine est un laboratoire naturel idéal, quoique malheureux, pour étudier un virus [puisque] de nombreuses variables normalement impossibles à contrôler y sont contrôlées».

Depuis la publication de son texte, le nombre de décès reliés au Diamond Princess est passé de 6 à 13, ce qui signifie que le taux de mortalité est passé de 0,85 % à 1,8% (2,3 % selon le CEBM).

Son analyse demeure tout de même pertinente :

corona-diamond«Sur le Diamond Princess, six décès sont survenus parmi les passagers, ce qui représente un taux de mortalité de 0,85 %. Contrairement aux données de Chine et d’ailleurs, où il est extrêmement difficile de déterminer pourquoi un patient est décédé, nous pouvons supposer qu’il s’agit de décès excessifs – ils ne se seraient pas produits sans le SRAS-CoV-2 […]

Les données du Diamond Princess suggèrent une mortalité huit fois plus faible chez les patients de plus de 70 ans et une mortalité trois fois plus faible chez les patients de plus de 80 ans par rapport à ce qui avait été rapporté en Chine initialement. Mais même ces chiffres, respectivement 1,1 % et 4,9 %, sont préoccupants. Toutefois, il y a un autre élément à retenir : ces patients ont probablement été exposés à plusieurs reprises à des charges virales concentrées (ce qui peut aggraver la maladie). Certains traitements ont été retardés. La létalité inférieure à bord du Diamond Princess aurait donc pu être encore plus faible avec des protocoles appropriés. Il convient également de noter que même si l’on peut supposer que la santé des passagers de croisière est assez bonne pour voyager, ils ont en fait tendance à refléter la population générale, et de nombreux patients atteints de maladies chroniques partent en croisière. Ainsi, les chiffres de ce navire peuvent constituer des estimations raisonnables.

Tout cela suggère que la COVID-19 est une maladie relativement bénigne pour la plupart des jeunes, et potentiellement dévastatrice pour les personnes âgées et les malades chroniques, bien que pas aussi risquée que ce que l’on rapporte.» (C’est l’auteure qui souligne dans toutes les citations.)

Le Dr. John Ioannidis, professeur de médecine à l’Université Stanford et spécialiste des données biomédicales au CV spectaculaire, a déclaré que l’on prenait des décisions sans données fiables :

«Les patients qui ont été testés pour le SRAS-CoV-2 sont de manière disproportionnée ceux qui présentent des symptômes graves et de mauvais résultats. Comme la plupart des systèmes de santé ont une capacité de dépistage limitée, le biais de sélection pourrait même s’aggraver dans un avenir proche.

Le seul cas où une population entière et fermée a été testée est celui du navire de croisière Diamond Princess et de ses passagers en quarantaine. Le taux de létalité y était de 1,0 %, mais il s’agissait d’une population en grande partie âgée, dans laquelle le taux de mortalité dû à la COVID-19 est beaucoup plus élevé […]

Le taux de mortalité des cas de COVID-19 pourrait-il être aussi bas ? Non, disent certains, en soulignant le taux élevé chez les personnes âgées. Cependant, même certains types de coronavirus dits légers ou entraînant un simple rhume, connus depuis des décennies, peuvent avoir un taux de létalité pouvant atteindre 8 % lorsqu’ils infectent des personnes âgées en maison de retraite

Rappelons que le taux de mortalité du Diamond Princess en date du 18 avril est d’environ 1,8 %.

Disons que cette comparaison laisse à tout le moins perplexe.

Italie : taux de mortalité 13 %

À la lumière de ce qui précède, n’est-il pas étonnant que peu de gens doutent des chiffres de l’Italie, dont le taux de létalité est de 13 %?

Ce taux est dû à une population plus âgée, dit-on.

Bon point.

corona-italyCependant, sachant que seulement 12 % des certificats de décès ont démontré un lien de causalité direct avec le coronavirus, toujours selon le CEBM, on peut se permettre de douter de ce 13 %.

De plus, un changement de stratégie en Italie le 25 février a «provoqué une augmentation apparente du taux de mortalité». Les tests se limitaient aux patients présentant de «graves symptômes» et ceux ayant des «maladies bénignes n’étaient plus testés».

Royaume-Uni : taux de mortalité 13,3 %

Comment explique-t-on le taux de plus de 13 % au royaume de Boris Johnson?

John Lee, autrefois enseignant clinique à la Hull York Medical School  explique :

FILE PHOTO: British PM Johnson gives daily address to nation on coronavirus in London

«Mais il y a un autre problème, potentiellement encore plus grave: la façon dont les décès sont enregistrés. Si une personne meurt d’une infection respiratoire au Royaume-Uni, la cause spécifique de l’infection n’est généralement pas enregistrée, à moins que la maladie ne soit une « maladie à déclaration obligatoire » rare.

Ainsi, la grande majorité des décès dus à une maladie respiratoire au Royaume-Uni sont enregistrés comme bronchopneumonie, pneumonie, vieillesse ou une désignation similaire. Nous ne faisons pas vraiment de tests pour la grippe ou d’autres infections saisonnières. Si le patient a, par exemple, un cancer, une maladie du motoneurone ou une autre maladie grave, cela sera enregistré comme la cause du décès, même si la maladie finale était une infection respiratoire. Cela signifie que les certifications britanniques sous-estiment normalement les décès dus à des infections respiratoires.

Examinons maintenant ce qui s’est passé depuis l’apparition de la COVID-19. La liste des maladies à déclaration obligatoire a été mise à jour. Cette liste – qui contient également la variole (disparue depuis de nombreuses années) et des maladies telles que l’anthrax, la brucellose, la peste et la rage (que la plupart des médecins britanniques ne verront jamais de toute leur carrière) – a été modifiée pour inclure la COVID-19. Mais pas la grippe. Cela signifie que tout test positif pour la COVID-19 doit être notifié différemment de la grippe ou de la plupart des autres infections.»

À votre avis, ces données du royaume anglo-saxon sont-elles plus ou moins fiables que celles de l’Empire du Milieu?

Difficile de justifier tant d’acharnement sur les données de la Chine après avoir fait ce tour d’horizon.

Un taux de mortalité réel de 0,72 %, la «meilleure estimation»

Devrait-on maintenant questionner les taux de mortalité du Canada (3,56) et des États-Unis (4,4) qui sont près de ceux de la Chine?

Tant qu’à y être, pourquoi ne pas douter des chiffres de l’Allemagne (2,8), du Japon (2,06), de l’Australie (0,97), de la Corée (2,16), de la Suède (10), alouette (?) Ces chiffres ne semblent-ils pas tantôt trop élevés, tantôt pas assez?

Selon le CEBM :

«Les taux de mortalité varient considérablement d’un pays à l’autre et dans le temps, ce qui laisse supposer une grande incertitude quant aux taux de mortalité exacts.»

Une grande incertitude générale, donc, et non pas uniquement chinoise. Voici pourquoi, explique le CEBM, qui résume approximativement ce que nous venons de voir :

  • «Le nombre de cas détectés par les tests varie considérablement d’un pays à l’autre;
  • Le biais de sélection peut signifier que les personnes atteintes d’une maladie grave sont testées de préférence;
  • Il peut y avoir des délais entre l’apparition des symptômes et les décès, ce qui peut entraîner une sous-estimation du taux de mortalité;
  • Il peut y avoir des facteurs qui expliquent l’augmentation des taux de mortalité, tels que la co-infection, des soins de santé plus inadéquats, la démographie des patients (c’est-à-dire que les patients âgés peuvent être plus nombreux dans des pays comme l’Italie);
  • Il peut y avoir une augmentation des taux de tabagisme ou des comorbidités parmi les décès;
  • Des différences dans la manière dont les décès sont attribués au Coronavirus : mourir avec la maladie (association) n’est pas la même chose que mourir de la maladie (causalité).»

En date du 9 avril, le CEBM estime que le taux de mortalité réel est de 0,72 % et rappelle que «l’estimation d’un taux de mortalité durant une pandémie est un exercice périlleux». Les estimations du taux de mortalité du H1N1 étaient à l’origine 10 fois plus élevées que le taux réel, précise-t-on.

Ajoutons en terminant que selon les directives de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il est possible d’inscrire la COVID-19 comme cause du décès dans les cas suivants:

  • le virus a été identifié : le diagnostic de COVID-19 a été confirmé grâce à un test en laboratoire
  • le virus n’a pas été identifié : le diagnostic est «clinique ou épidémiologique et la confirmation en laboratoire est peu concluante ou non disponible»

Identifié ou non en laboratoire, la COVID-19 peut donc être considérée comme la cause du décès selon le bon ou le mauvais jugement du médecin.

Les directives du Centres for Disease Control aux États-Unis* pour les certificats de décès vont dans le même sens :

«Dans les cas où il n’est pas possible de poser un diagnostic définitif de COVID-19, mais qu’il est présumé ou probable (par exemple, les circonstances sont convaincantes dans un degré raisonnable de certitude), il est acceptable de déclarer sur un certificat de décès que la cause « probable » ou « présumée » est la COVID-19

À vous de juger si avec de telles directives, les données des États-Unis, de l’Italie, du Canada et d’autres pays sont plus ou moins fiables que celles de la Chine.

Notes

L’auteure habite à Shanghai où elle n’a jamais été confinée chez-elle, n’a jamais eu de difficultés à faire son épicerie, trouver du papier de toilette ou rencontrer des amis dans des cafés depuis le début de l’épidémie. Elle n’a jamais été restreinte dans ses mouvements, épiée ou critiquée par ses voisins. La vie a repris son cours depuis plusieurs semaines et pratiquement tous les commerces et endroits publics, incluant les gyms, sont ouverts. Les écoles demeurent fermées, mais ont rouvert dans au moins 17 provinces.

*Difficile de trouver les directives pour les certificats de décès au Canada. Ces directives relèveraient des provinces et il semblerait que l’information soit disponible sur le site du ministère de la Justice du Québec, mais le site était inaccessible au moment d’écrire ces lignes.

Si le cœur vous en dit, une trentaine d’avis d’experts de renom sont disponibles sur le site Off Guardian :

12 Experts Questioning the Coronavirus Panic

10 MORE Experts Criticising the Coronavirus Panic

8 MORE Experts Questioning the Coronavirus Panic

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