« Chemtrails » et insectes vecteurs de maladies au cœur d’un programme de guerre biologique canado-américain

« Adolf Hitler éprouvait une aversion marquée à l’égard des armes biologiques et a rejeté tous les conseils en faveur de leur développement […]

Alors que la guerre contre l’Allemagne se profilait, le prix Nobel canadien Frederick Banting, co-découvreur de l’insuline, était de plus en plus convaincu que les dirigeants de l’armée allemande étaient assez impitoyables pour créer et utiliser des armes biologiques et que la Grande-Bretagne devait être prête à se défendre et à contre-attaquer. Rejetant les objections selon lesquelles les microbes en suspension dans l’air étaient trop fragiles pour être infectieux, Banting a imaginé toutes sortes de façons de disséminer des germes, de la pulvérisation par des avions à la distribution par la poste d’agents pathogènes séchés. En 1939, il plaide sa cause à Londres, faisant circuler un plan de recherche, de développement et d’utilisation d’armes biologiques, ainsi que des mesures de défense civile. » – Jeanne Guillemin (2006). Scientists and the history of biological weapons: A brief historical overview of the development of biological weapons in the twentieth century, EMBO Reports, 7(Spec No): S45–S49. doi: 10.1038/sj.embor.7400689

Voici le deuxième article en réponse à l’article d’Isabelle Hachey, Docteur K.

La journaliste de La Presse, récipiendaire du prix Judith-Jasmin, s’est étonnée de la suggestion du Dr Amir Khadir voulant que la maladie de Lyme ait été une arme biologique créée dans le laboratoire secret de Plum Island aux États-Unis, qu’elle se soit propagée à la suite d’un accident et que les autorités nient l’affaire.

Il n’en fallait pas plus pour déclencher chez Mme Hachey le réflexe pavlovien du journaliste mainstream, soit tourner Amir Khadir en ridicule en qualifiant le tout d’absurde théorie de conspiration.

Nous avons vu dans le premier texte, Docteur K, journalisme de Q, que la maladie de Lyme, laquelle se transmet par des tiques, était bel et bien considérée comme une arme biologique par les autorités étasuniennes au début des années 2000.

Nous répondrons dans ce texte aux questions suivantes :

Est-ce que les États-Unis ont déjà fabriqué, testé et employé des armes biologiques par le passé? Si oui, lesquelles, où ont-elles été employées et dans quel contexte? L’industrie pharmaceutique et les autorités médicales ont-elles joué un rôle dans ce programme?

Nous verrons que l’emploi d’insectes comme vecteurs d’agents pathogènes n’est pas nouveau et que des recherches et des tests ont été effectués dans le cadre du programme conjoint de guerre biologique des États-Unis, du Canada et du Royaume Uni pendant et après la Seconde Guerre mondiale.

Les États-Unis ont par ailleurs employé des insectes pour propager des maladies parfois mortelles durant la guerre de Corée selon le rapport d’une commission internationale longtemps censuré.

Ce détour par l’histoire de la guerre biologique du 20e siècle s’impose avant d’aborder plus spécifiquement l’historique de la maladie de Lyme.

Les citoyens de Winnipeg cobayes des États-Unis durant la guerre froide

C-119 Flying Boxcar
Un C-119 Flying Boxcar employé pour asperger du sulfure de zinc-cadmium sur des populations civiles.

Winnipeg 1953. À l’insu des 367 000 citoyens, l’armée étasunienne arrose la ville avec du sulfure de zinc-cadmium, une substance cancérigène. Trente-six fois. Le but? Évaluer comment des attaques au bacille du charbon (anthrax en anglais) contre Kiev, Leningrad et Moscou pourraient tuer leurs résidents, selon un article du Washington Post de 2001.

Lors de cette opération secrète nommée LAC (Large Coverage Area), des tests ont également été effectués à Saint Louis et Minneapolis, « des villes dont la grandeur et le climat étaient considérés comme similaires aux cibles soviétiques ».

Quiconque trouve absurde l’idée des chemtrails a de quoi rire jaune. Des avions ont historiquement été employés pour arroser des villes de produits chimiques. L’opération LAC en est un exemple bien documenté.

Fait cocasse, ces tests ont été révélés grâce à une demande d’accès à l’information d’un groupe associé à l’Église de scientologie. Les journalistes ont peut-être quelque chose à apprendre des scientologues sur leur métier.

newspaper clip winnipeg

Les autorités étasuniennes ont menti au gouvernement canadien sur la nature de ces tests, affirmant que l’objectif était de tester un écran de fumée protecteur en cas d’attaque nucléaire soviétique.

Des tests offensifs camouflés en tests défensifs. Classique.

Selon le Winnipeg Free Press, le plus grand quotidien de Winnipeg :

« L’armée étasunienne a délibérément trompé les gouvernements canadiens. Même si le Canada a accepté de participer à des expériences en plein air dans le cadre d’un accord avec les États-Unis et l’Angleterre, ce pays n’a jamais été informé que les États-Unis arroseraient Winnipeg avec un carcinogène. »

Le National Post rapportait en 2017 que les mêmes expériences ont été répétées 11 ans plus tard à Suffield et Medicine Hat en Alberta.

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Soulignons qu’à l’époque la substance employée était considérée comme inoffensive. En 1980, une étude du gouvernement canadien a conclu que les tests ne posaient aucun risque pour les résidents de Winnipeg.

Selon un article de UPI de 1994, le médecin-hygiéniste en chef du Manitoba, Dr John Guilfoyle, et le ministre de la Santé de la province, James McCrae, s’inquiétaient à l’époque des données fournies par les autorités étasuniennes et de la santé des personnes impliquées dans ces tests puisque « ces derniers ont possiblement été exposés à une grande quantité de produits chimiques ».

Le Washington Post rapportait en 1980 qu’un « pharmacologiste de l’Université du Manitoba avait affirmé que le cadmium et le zinc sont toxiques et sont possiblement dangereux pour les bébés, les personnes âgées, les asthmatiques et les personnes malades ».

Leonard Cole, professeur au département de médecine d’urgence à l’Université du New Jersey et auteur du livre Clouds of Secrecy: The Army’s Germ Warfare Tests Over Populated Areas, faisait également remarquer dans l’article Open-Air Biowarfare Testing and the Evolution of Values que bien que les études et les procès ayant suivi les révélations de ces tests n’aient pas confirmé qu’ils ont causé des maladies, « établir une corrélation 30 à 50 ans après un événement complique la recherche ».

Les insectes vecteurs de maladie au cœur du programme de guerre biologique canadien

Ces expériences clandestines connues et documentées depuis longtemps faisaient partie du programme clandestin d’armes biologiques des États-Unis, du Royaume-Uni et du Canada.

Fait méconnu, l’un des laboratoires de recherche et développement se trouvait à Grosse Île, dans l’archipel de l’Isle-aux-Grues au Québec.

L’une des meilleures sources d’information sur le programme canadien d’armes biologiques est Donald Avery, historien et auteur de Pathogens for War: Biological Weapons, Canadian Life Scientists, and North American Biodefence.

Un texte très éclairant de cet historien sur le programme canadien d’armes biologiques, The Canadian Biological Weapons Program and the Tripartite Alliance, figure dans un important recueil de textes sur les programmes offensifs d’armes biologiques : Deadly Cultures. Biological Weapons Since 1945.

Quels étaient les trois projets prioritaires du programme canadien d’armes biologiques? Les insectes vecteurs de maladies, les problèmes de contamination des sols et les essais d’armes biologiques sur le terrain.

Rappelons que la maladie de Lyme est une infection causée par des tiques.

Ce programme s’est déroulé avec la complicité de grandes universités canadiennes.

Avery écrit :

« De 1942 à 1944, le site de Grosse Île a également été utilisé pour produire des spores virulentes de bacille du charbon, lesquelles ont ensuite été analysées par des chercheurs canadiens sur le site d’essais militaires de Suffield, en Alberta, et par leurs homologues américains à Camp Detrick, au Maryland. D’autre part, les scientifiques de Suffield ont été parmi les premiers à reconnaître que les munitions au bacille du charbon (Bacillus anthracis) avaient de sérieuses limites et à encourager la militarisation d’autres toxines et agents pathogènes. Au haut de leur liste se trouvait la toxine botulique […] Ils ont également appuyé l’utilisation de Brucella suis (brucellose) — un agent provoquant un taux élevé d’infection mais un faible taux de mortalité — et ont effectué des recherches sur une variété d’autres agents antipersonnel et anticultures. »

Outre Gross Île, il existait 3 autres centres de recherches sur la guerre biologique au Canada : Suffield (DRES), Ottawa/Shirley’s Bay (DREO) et Kingston (DREK).

Selon Avery, les deux projets les plus importants étaient d’une part « l’augmentation des travaux à Kingston sur la production des « souches plus virulentes de B. mallei et de la toxine c. botulinum, ainsi que des travaux continus sur les insectes vecteurs », d’autre part la production et le stockage du vaccin contre la peste bovine « en quantités suffisantes pour les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada ».

Il ajoute :

« Grosse Île a poursuivi un vaste programme offensif anti-animal, maintenant un inventaire de plus de 16 virus différents […]

Malgré ces succès, quatre ans plus tard, le programme Grosse Isle a été annulé, apparemment en raison de la décision des États-Unis de cesser de participer à la recherche sur la guerre biologique anti-animale. Pour leur part, les autorités du Defence Research Board n’étaient que trop heureuses de sortir de ce domaine, en particulier après les allégations non fondées de 1952 selon lesquelles des expériences de guerre bactériologique à Suffield étaient responsables de l’épidémie dévastatrice de fièvre aphteuse qui avait ravagé des troupeaux de bovins de l’Ouest canadien. »

Project 112/SHAD

Après l’avoir nié pendant 30 ans, le Pentagone a admis en 2002 l’existence du Project 112/SHAD (Shipboard Hazard and Defense), une série de tests d’armes chimiques et biologiques effectués dans les années 1960-1970 et pour lesquels non seulement des militaires, mais aussi des civils ont servi de cobayes.

Vous trouverez toutes les données factuelles des tests effectués sur le site des Soins de santé de l’armée des États-Unis.

Parmi les agents chimiques et biologiques employés, on trouve par exemple des agents neurotoxiques comme le gaz sarin dans le test Sun Down et le VX dans les tests Fearless Johnny et Devil Hole II, ainsi que la bactérie E. Coli dans le test Half Note.

L’armée a également fait des tests sur des insectes et des maladies transmises par des tiques.

Si la maladie de Lyme ne figure pas dans les tests déclassifiés de Project 112 et SHAD, les tests Magic Sword et Shady Grove démontrent qu’il est tout à fait réaliste de penser qu’elle ait pu faire l’objet de tests au sein d’autres projets du programme de guerre biologique dont on connait l’existence, mais dont on ignore les détails.

Lors du test Magic Sword l’armée a libéré « des moustiques non infectés » près de Baker Island dans le Pacifique afin d’étudier entre autres leurs « habitudes de piqûres et les problèmes logistiques et opérationnels associés à la livraison de moustiques dans des sites éloignés ».

Le test Shady Grove consistait pour sa part en une série d’opérations dans l’océan Pacifique et en Floride avec les agents suivants : coxiella burnetii et pasteurella tularensis.

Coxiella brunetii est une bactérie transmise par des animaux de la ferme, des animaux domestiques et des tiques, et elle cause la fièvre Q.

Pasteurella tularensis est une bactérie causant la tularémie. Elle est transmise surtout par des lièvres, mais aussi par d’autres animaux, des tiques, de la nourriture ou de l’eau contaminée.

Les symptômes généraux de la tularémie, de la fièvre Q et de la maladie de Lyme sont tous semblables à la grippe : fièvre, frissons, douleurs musculaires diffuses, fatigue et maux de tête.

Un test de Project 112 a également été effectué dans le métro de New York. À l’insu des citoyens, une bactérie non infectieuse, Bacillus globigii, a été employée pour « simuler la diffusion de bacille du charbon afin d’étudier la propagation du pathogène dans une grande ville ».

Selon une étude menée pour The National Academies of Science, Engineering and Medicine, « B. globigii a été utilisé pour simuler des agents de guerre biologique parce qu’il était considéré à l’époque comme un contaminant ayant peu de conséquences sur la santé humaine. BG est désormais considéré comme un pathogène pour les humains ».

En 2003, CBS News rapportait que certains documents concernant Project 112 demeuraient classifiés :

« Après avoir dit au Congrès qu’il avait publié toutes les informations pertinentes sur le plan médical, le Pentagone garde toujours certains documents secrets sur les essais d’armes chimiques et biologiques de la guerre froide et lors desquels des marins ont servi à leur insu d’« échantillons humains » […]

Des documents détaillés de planification et des rapports pour chacun des tests sont classifiés parce qu’ils identifient les vulnérabilités des navires militaires aux agents de guerre chimique et biologique et leurs capacités de livrer ces agents, a déclaré le Pentagone en réponse aux questions de l’AP [Associated Press]. »

Dans certains cas, des échantillons ont été prélevés sur des marins pour mesurer leur exposition à des traceurs utilisés pour simuler des agents chimiques et biologiques, selon la déclaration écrite du Pentagone. Les rapports à ce sujet n’ont pas été publiés parce qu’ils « n’incluaient aucun plan ou donnée mesurant les effets sur les humains », selon le communiqué.

Project 112 et le projet Shipboard Hazard and Defense comprenaient 50 essais effectués entre 1962 et 1973. Les essais ont été effectués en Alaska, au Maryland, en Floride, en Géorgie, à Hawaii, en Utah, au Panama, au Canada, en Grande-Bretagne et à bord de navires dans les océans Atlantique Nord et Pacifique.

Vince Gonzales, correspondant de CBS News, a rapporté pour la première fois en mai 2000 sur plus de 100 tests secrets, dont certains portaient des noms comme Autumn Gold, Copper Head, Flower Drum ou Fearless Johnny.

5 842 soldats et marins ont été impliqués dans ces essais secrets, et bon nombre d’entre eux étaient des cobayes involontaires. Les expériences ont été conçues pour déterminer l’efficacité des agents biologiques et chimiques au combat et les méthodes pour protéger les troupes contre les attaques.

Un nombre incalculable de civils ont également pu être exposés lors de certains des tests sur les troupes.

Dans la plupart des cas, des simulants soi-disant inoffensifs ont été utilisés pour imiter le E. coli ou d’autres agents. Cependant, dans certains cas, des agents neurotoxiques potentiellement mortels ont été utilisés, y compris le sarin et le VX.

De nombreux anciens combattants disent souffrir aujourd’hui de maladies en raison de l’exposition, mais l’Administration des Anciens combattants a refusé les demandes de couverture de soins de santé. »

Aujourd’hui, le site des Anciens combattants semble admettre que les vétérans qui ont participé au Project 112 peuvent avoir contracté certaines maladies.

Sur la page concernant les compensations pour invalidité, une section est dédiée à Project 112 et SHAD. On peut y lire ce qui suit :

Deseret_Test_Center« Si vous avez fait partie des essais de guerre chimique et biologique par le biais des projets 112 ou Shipboard Hazard and Defense (SHAD), vous pourriez être à risque de certaines maladies. Le Deseret Test Center du département de la Défense à Fort Douglas, dans l’Utah, a effectué ces essais qui ont eu lieu à bord de navires et sur terre à divers endroits de 1962 à 1974. Renseignez-vous pour savoir si vous pouvez obtenir une indemnité d’invalidité ou des prestations. » (C’est l’auteure qui souligne dans toutes les citations.)

Leonard A. Cole, qui notait la difficulté d’établir les faits si longtemps après, décrit bien la confusion qui entoure les problèmes de santé liés à SHAD et Project 112 dans Open-Air Biowarfare Testing and the Evolution of Values :

« La confusion incessante entourant cette question est évidente dans une étude de 2007 qui n’a trouvé aucune tendance de mauvais état de santé parmi 5 500 anciens combattants impliqués dans SHAD. L’étude avise que « les résultats ne doivent pas être mal interprétés et servir de preuves évidentes que des effets à long terme sur la santé liés à la participation au SHAD ne sont pas possibles ».

En 2016, l’Institut de médecine a publié un rapport sur une étude de suivi intitulé SHAD II. On peut lire dans le résumé :

“L’analyse SHAD II n’a révélé aucune différence claire dans le degré de maladies entre les participants au SHAD et le groupe témoin. Ce résultat concorde avec l’absence de différences dans les hospitalisations autodéclarées relevées dans SHAD I, mais diffère des réponses au sondage SHAD I qui indiquaient un état de santé généralement pire chez les anciens combattants de SHAD [37] (p1).”

Cette évaluation ne satisfera probablement pas les sceptiques. Les preuves disponibles semblent incapables de prouver de manière absolue que le projet SHAD a eu ou non une incidence sur la santé des participants. »

Project 112 SHAD Lab Rats

Dans un rapport de mai 2004, le General Accounting Office (GAO), l’équivalent du Bureau du vérificateur général du Canada, demande au département de la Défense de fournir davantage d’informations sur les tests d’armes chimiques et biologiques effectués dans le cadre de Project 112/SHAD.

« Le GAO croit qu’il y a probablement des militaires et du personnel civil potentiellement exposés à des agents qui n’ont pas été identifiés pour diverses raisons […]

[B]ien que le département de la Justice ait tenu compte de l’exigence de base du mandat concernant le personnel civil en estimant que 350 d’entre eux avaient été potentiellement exposés, il n’a pas fait de recherches spécifiques sur l’exposition individuelle du personnel civil ou des ressortissants étrangers […]

Bien qu’il n’existe aucune base de données contenant des renseignements sur les essais biologiques et chimiques effectués, nous avons déterminé que des centaines d’essais et de projets de recherche classifiés de ce genre ont été menés en dehors du Projet 112 alors que celui-ci était en cours. De plus, des renseignements provenant de diverses sources montrent que du personnel de tous les services a participé à des essais chimiques et biologiques.

En outre, nous avons signalé en 1993 et 1994 que des centaines de tests radiologiques, chimiques et biologiques ont été effectués et dans lesquels des centaines de milliers de personnes ont été utilisées comme sujets.

Le GAO a par ailleurs conclu que des informations précises sur la portée et l’ampleur des tests impliquant des sujets humains n’étaient pas disponibles, et le nombre exact de sujets humains pourrait ne jamais être connu. »

Le secret d’État entourant toujours Project 112/SHAD et l’apparente réticence des autorités à reconnaître la possibilité que ces tests de guerre chimique et biologique aient pu causer des problèmes de santé démontrent bien comment les autorités peuvent cacher des informations au public, y compris en ce qui concerne des problèmes de santé, surtout si c’est l’armée qui est à l’origine de ce problème.

Donc, lorsque Amir Khadir suggère qu’un accident ait pu se produire dans un laboratoire secret, qu’il serait à l’origine de la maladie de Lyme et que les autorités refusent de l’admettre, on ne peut faire autrement que de penser à ce sombre chapitre de la guerre biologique et admettre que cette suggestion n’a rien de loufoque.

Bien au contraire.

Les origines ténébreuses du programme de guerre biologique étasunien

Rappelons, comme nous le mentionnions dans le premier article de cette série, que le programme de guerre biologique des États-Unis était mené à l’origine par George Merck, président de la société pharmaceutique Merck & Co, et qu’après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont accordé l’immunité aux chercheurs japonais ayant participé au programme de guerre biologique en échange de leurs données.

Des tests inhumains ont été menés par les Japonais sur des civils et des prisonniers de guerre. Selon Sheldon H. Harris, professeur émérite d’histoire à la California State University :

« La majorité des victimes étaient chinoises, mais des Coréens, des prisonniers soviétiques de diverses origines ethniques, des Européens et des Américains ont occasionnellement été utilisés ».

Des scientifiques nazis ont également évité des procès pour crimes de guerre en échange de leur savoir, toutefois certains d’entre eux ont été poursuivis lors des procès de Nuremberg.

Sheldon H. Harris affirme pourtant que le nombre de victimes des docteurs japonais « excédait largement celui des docteurs nazis ». Les expériences allaient de la vivisection sans anesthésie à l’exposition à des maladies comme le bacille du charbon et la fièvre jaune.

Unit 731Le San Jose Mercury News rapportait en 1995 que la tristement célèbre Unité 731 (ci-contre) du lieutenant général Shiro Ishii a tué au moins 200 000 personnes selon les historiens occidentaux. L’une des expériences de l’unité consistait à « donner à des enfants du chocolat rempli de bacille du charbon ».

La réaction des autorités japonaises lorsqu’elles ont été accusées d’avoir mené une guerre biologique en Chine? Déni et mensonge.

En 1996, rapporte Sheldon Harris, « le porte-parole du ministère japonais des Affaires étrangères a déclaré : ‘’Le gouvernement japonais n’a trouvé aucun document officiel confirmant qu’une guerre bactériologique a été menée en Chine.’’ »

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Shiro Ishii, chef de l’Unité 731.

« Pur mensonge », écrit le professeur Harris. « Le gouvernement japonais est au courant que des milliers de documents dans ses fonds d’archives confirment les activités répandues de l’Unité 731 et de ses unités alliées. »

Si cette réaction des autorités surprend peu, le sort de ces criminels de guerre japonais ayant évité la justice grâce aux autorités étasuniennes est particulièrement choquant.

Le professeur Harris explique le résultat « catastrophique » de ce qu’il qualifie de « pacte faustien » :

« Les criminels de guerre, libres de reprendre leur carrière d’avant-guerre, ont dominé la médecine et la recherche scientifique japonaises pendant une génération. Ces tueurs d’innocents êtres humains sont devenus des directeurs d’universités, des doyens des facultés de médecine, des professeurs de recherche exceptionnels dont les recherches scientifiques ont attiré l’attention du monde entier et les éloges de la communauté scientifique. Bon nombre des diplômés de l’Unité 731 et des autres unités contrôlaient le ministère de la Santé et ses organismes tels que l’Institut national de la santé (INS). D’anciens membres de l’Unité 731 ont dominé le conseil d’administration de la Société médicale japonaise pendant de nombreuses années. D’autres criminels de guerre, tels que Naito Ryoichi et Kitano Masaji, ont formé d’importantes sociétés pharmaceutiques. La Green Cross Company, dirigée par Naito, est probablement la plus importante de ces entreprises.

Les traditions et les perspectives morales des hommes qui ont servi dans les unités de guerre chimique et biologique ont même perduré au-delà de la première génération de médecins et de scientifiques d’après-guerre. Les expériences humaines involontaires demeuraient la procédure standard pour trop de chercheurs. Certaines de ces études ont été commanditées par l’Institut national de la santé. D’autres ont été menées par différents organismes s’intéressant aux problèmes rencontrés par les survivants d’Hiroshima. D’autres encore utilisaient des humains à leur insu pour tester des vaccins et des médicaments n’ayant toujours pas fait leurs preuves.

Le meilleur exemple de l’insensibilité dont faisaient preuve ces chercheurs et ces médecins est connu sous le nom du scandale de la Croix Verte. Près de 1500 Japonais, principalement des hémophiles, ont reçu du sang non stérilisé contenant le virus du VIH au milieu des années 1980. Une grande partie de ce sang contaminé a été fourni par la société de la Croix Verte, bien qu’elle ait été avertie du danger d’utiliser du sang non stérilisé. Faisant passer les profits avant les préoccupations envers les malades et leur sécurité, les responsables de la Croix Verte, en collusion avec des membres du ministère de la Santé, ont continué de fournir du sang contaminé aux patients. Jusqu’à présent, près de 500 personnes sont mortes de complications liées au VIH transmis par du sang contaminé. »

Dans un texte de la RAND Corporation, une boîte de réflexion pour l’armée étasunienne, on explique que les industries pharmaceutique et de biotechnologie sont des « sources importantes de matériel » pour la fabrication d’armes biologiques.

L’article s’intitule Biological weapons and the pharmaceutical industry. International Journals of pharmaceutical medicine et il est disponible sur Sci-Hub.

Les auteurs expliquent que certains États ont « utilisé des sociétés pharmaceutiques et de biotechnologie commerciales comme façades pour la recherche et le développement clandestins d’armes biologiques ». On nomme l’U.R.S.S., l’Irak et l’Afrique du Sud durant l’apartheid, où l’on a développé entre autres des armes dans le but de commettre des assassinats.

On ajoute que « [l]’utilisation de sociétés pharmaceutiques “de façade” pour mener des activités clandestines de recherche et développement d’armes biologiques est particulièrement attrayante pour tout État qui souhaite mener des recherches offensives », tout en précisant qu’il est « impensable qu’une multinationale occidentale s’engagerait dans ce genre d’activité ».

Cette affirmation est d’un ridicule choquant et il ne faut pas chercher très loin pour la réfuter. Tel que mentionné plus tôt, le président de Merck était à la tête du programme secret de guerre biologique aux États-Unis, et toute personne ayant un minimum d’instruction connait le passé ténébreux du conglomérat de l’industrie chimique et pharmaceutique IG Farben, fournisseur de Zyklon B pour le Troisième Reich.

L’industrie pharmaceutique étant intrinsèquement liée aux programmes de guerre biologique, on ne peut s’attendre à rien d’autre qu’à son silence complice sur cette question.

Des insectes employés comme armes biologiques durant la guerre de Corée

international report.pngEn 1952, une Commission scientifique internationale a été chargée de faire la lumière sur des allégations de la Chine et de la Corée voulant que les États-Unis aient employé des armes bactériologiques durant la guerre de Corée.

Cette commission, mise sur pied par le comité exécutif du Conseil mondial de la paix, était composée de 8 scientifiques de diverses nationalités : Suède, France, Royaume-Uni, Brésil, Italie, U.R.S.S.

Malgré un rapport accablant de ce groupe difficilement qualifiable de communiste, les États-Unis nient encore aujourd’hui avoir employé de telles armes et qualifient les accusations de propagande communiste.

Les conclusions de cette commission sont sans équivoques : les États-Unis ont utilisé des insectes pour mener une guerre bactériologique durant la guerre de Corée.

Voici quelques extraits du Rapport d’enquête de la Commission scientifique internationale sur les faits concernant la guerre bactériologique en Corée et en Chine.

Guerre de Corée

Incidents en Corée (La peste)

« Comme nous l’avons déjà observé, la méthode classique de guerre bactériologique adoptée par les Japonais pendant la seconde guerre mondiale et impliquant la peste consiste à lâcher, que ce soit par conteneur ou par pulvérisation, un grand nombre de puces infectées par des bactéries de la peste. Depuis le début de 1952, de nombreux foyers isolés de peste sont apparus en Corée du Nord, toujours associés à l’apparition soudaine d’une quantité de puces précédée par le passage d’avions étasuniens […]

[L]a Commission n’a pas eu d’autre choix que de conclure que les forces armées étasuniennes ont employé en Corée des méthodes pour propager la peste très similaires, voire identiques à celles employées par les Japonais durant la Seconde Guerre mondiale.

[L]e plus grand expert chinois de la peste […] a fourni des preuves selon lesquelles il avait incité le gouvernement du Kuomintang à faire connaitre au monde entier les faits concernant la guerre bactériologique japonaise, sans succès toutefois, partiellement en raison de la dissuasion des États-Unis, croyait-il.

L’Incident de Kuantien (Bacille du charbon)

La Commission a étudié en détail un cas impliquant l’apparition anormale et simultanée de mouches et d’araignées anthomyiides (App. V). Le 12 mars, à 19h52, les habitants de la ville de Kuantien […] ont vu huit avions de chasse étasuniens passer au-dessus de la ville environ une demi-heure après midi. Ils les ont reconnus sans difficulté puisque de telles intrusions « étaient très courantes, presque quotidiennes ». Le Corps chinois d’observateurs aériens les a identifiés comme étant des avions F-86 et a repéré leurs parcours. L’un d’eux a été distinctement vu en train de lâcher un objet cylindrique brillant. Immédiatement après et durant les jours suivants, les gens de la ville, y compris des écoliers, ont organisé des recherches dans la région au-delà de la porte de l’Est où l’objet semblait être tombé, et ont recueilli de nombreuses mouches et des araignées anthomyiides […]

Un examen bactériologique de qualité mené par les Chinois a démontré la présence de l’organisme pathogène causant le bacille du charbon (Bacillus anthracis) à la fois sur des insectes, des araignées et des plumes (App. V) […]

[L]a Commission n’a eu d’autre choix que de conclure que des insectes et des araignées porteurs de bacille du charbon avaient été dispersés au moyen d’au moins un conteneur spécial provenant d’au moins un avion américain […]

Les éléments de preuve concernant les aéronefs, les conteneurs, l’apparition d’objets biologiques et les tests bactériologiques étaient désormais accrus dans un certain nombre de localités […]

Sur la base des éléments de preuve présentés et de leur propres recherches et interrogatoires prolongés d’un nombre considérable de témoins, tant médicaux que laïcs, la Commission a été obligée de conclure que divers objets biologiques contaminés par le bacille du charbon avaient été dispersés à de nombreux endroits dans les deux provinces chinoises, et que cela avait donné lieu à un certain nombre de cas d’infections mortelles jusque-là inconnues dans la région, à savoir le charbon pulmonaire et la méningite hémorragique qui s’en est suivie. Des déclarations de témoins oculaires sur lesquelles on ne peut possiblement avoir de doutes ont indiqué que les avions américains étaient les véhicules de livraison des « objets infectés ».

Témoignages d’aviateurs [étasuniens] capturés

Quels étaient les points essentiels des principales déclarations de ces aviateurs? Tout d’abord, les deux officiers avaient dû assister, au Japon et en Corée, à des conférences secrètes sur les méthodes de guerre bactériologique. Ces présentations, qui leur ont donné l’impression de contenir des informations hautement confidentielles, décrivaient l’utilisation de bactéries directement sous forme de cultures d’insectes déposées ou pulvérisées et transmettant biologiquement ou mécaniquement des maladies.

Des déclarations particulièrement significatives ont été faites lors de la conférence à laquelle le lieutenant Quinn a assisté, soit que a) « pratiquement n’importe quel insecte pouvait être utilisé pour propager des maladies » ; b) que « l’on pourrait lâcher des rats, mais que cela pourrait ne pas être nécessaire » ; et que c) l’on avait l’intention d’utiliser l’encéphalite, « pour laquelle on ne connait pas de remède » […]

Il ne fait aucun doute que ces aveux ont eu une influence considérable sur le monde occidental. Mais ceux qui refusaient de se laisser convaincre avaient tendance à les rejeter comme des aveux obtenus sous la contrainte physique ou mentale, en disant qu’après tout, seuls deux jeunes hommes s’étaient manifestés, suggérant en fait qu’ils n’existaient même pas et que les déclarations étaient complètement fausses. Les tentatives visant à démontrer des incohérences dans l’histoire du lieutenant Quinn ont toutefois échoué […]

La Commission a eu l’occasion d’avoir de longues conversations avec ces quatre hommes dans des conditions de libre expression. Ses membres étaient unanimement d’avis qu’aucune pression physique ou mentale n’avait été exercée sur ces prisonniers de guerre afin de les inciter à faire ces déclarations. Celles-ci ont été faites de leur plein gré […]

Le 21 mars, Kniss assiste à la conférence de McLaughlin en Corée où l’on déclare que la guerre bactériologique est définitivement en opération depuis le 1er janvier et il est clairement dit que le gouvernement étasunien continuera à la nier aussi longtemps que possible […]

Sur la base des faits mentionnés ci-dessus, on ne peut faire autrement que conclure que l’ordre de commencer la guerre bactériologique contre les peuples de la Corée du Nord et de la Chine doit avoir été donné à la fin de 1951, le personnel aérien ayant déjà été préparé pour ce travail par des conférences informatives discrètes, sans toutefois être informé de ce qu’il était censé faire, même après janvier 1952, avant d’arriver en Corée. Sur les bases américaines et japonaises, on disait que la guerre bactériologique était une question théorique et purement défensive, mais sur les bases coréennes, les pilotes ont été surpris de constater qu’elle avait déjà commencé des semaines ou des mois avant leur arrivée […]

Puis les témoins étaient unanimes quant aux effets désastreux sur le moral de leurs compagnons de service qu’ont eu les ordres de mener des bombardements bactériologiques. C’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour beaucoup d’entre eux déjà dégoûtés par la férocité avec laquelle ils se faisaient harceler pour massacrer la population civile de la Corée du Nord […]

La Commission affirme une fois de plus être convaincue que les aviateurs n’ont subi aucune pression physique ou mentale et que leur traitement fut digne des meilleures traditions de l’humanisme chinois. La Commission a donc accepté comme exact et véridique les témoignages des aviateurs, lesquels complétaient d’ailleurs à bien des égards les preuves strictement scientifiques et observationnelles déjà accumulées sur le terrain.

Conclusion

Malgré tous ces secrets d’État, ces mensonges et le déni des autorités concernant la guerre biologique des États-Unis et du Japon, le tout connu et amplement documenté, Isabelle Hachey semble trouver absurde l’idée que les autorités puissent nous cacher des choses.

Elle trouve tout à fait loufoque l’idée que la maladie de Lyme, propagée par des tiques, ait pu être une arme biologique. Pourtant, comme nous l’avons vu dans le premier texte, la maladie de Lyme a déjà été considérée comme une arme biologique et les tiques et d’autres insectes ont été employés comme vecteurs d’armes biologiques dans les années 1940 et 1950, dans le cadre de recherches sur la guerre biologique et dans un véritable théâtre de guerre.

Par ailleurs, coxiella burnetii et pasteurella tularensis sont toujours considérées comme de potentielles armes biologiques et elles sont, comme la maladie de Lyme, transmises par des tiques.

Toute personne bien informée sur le sujet de la guerre biologique ne peut que voir dans l’attitude d’Isabelle Hachey un manque total de connaissances et une naïveté désolante.

Dans le prochain texte nous répondrons à la troisième série de questions posées dans le premier article : Y a -t-il des laboratoires de recherches sur les armes biologiques à Plum Island? Si oui, ces laboratoires sont-ils sécuritaires? Des accidents sont-ils possibles et existe-t-il des preuves que des accidents se sont produits? Pourquoi la maladie de Lyme est-elle associée à Plum Island? Existe-t-il des preuves que cette maladie a été fabriquée en laboratoire durant la guerre froide?

3 commentaires sur “« Chemtrails » et insectes vecteurs de maladies au cœur d’un programme de guerre biologique canado-américain

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  1. Merci pour cet article fouillé et fort informatif ! Amitiés. R. A.

    Le dim. 4 août 2019, à 07 h 16, Le Tribunal de l’infaux a écrit :

    > Tribunal de l’infaux posted:  » « Adolf Hitler éprouvait une aversion > marquée à l’égard des armes biologiques et a rejeté tous les conseils en > faveur de leur développement […] Alors que la guerre contre l’Allemagne > se profilait, le prix Nobel canadien Frederick Banting, co-découvreur  » >

    J'aime

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